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Nous avons plaisir à vous soumettre cet article récemment publié dans le Courrier International. Ces nouvelles affirmations, que nous défendons depuis bien longtemps, seront alors, dans quelques temps acceptées avec plus de facilité qu'elles émanent de nos scientifiques, véritables détenteurs de vérité. Dommage qu'elles arrivent si tard et encore qu'elles ne soient pas attribuées tout à fait aux canidés... cela éviterait un nombre d'erreurs à l'égard de l'animal au profit d'une meilleure compréhension et donc communication.
"Chez les animaux, la démocratie
existe aussi… parfois
"The New York Times", New York
La plupart des individus qui composent un troupeau indiquent où ils souhaitent aller. Les cygnes en hochant la tête, les cerfs en se dressant sur leurs pattes arrière. Et la décision est prise à la majorité.
Lorsque les abeilles dansent et que les cerfs se dressent sur leurs pattes arrière, ce n'est pas simplement pour indiquer où se trouve le nectar ou pour s'étirer. Si étrange que cela paraisse, ils sont en train de voter pour décider s'ils vont se diriger vers des fleurs plus savoureuses ou des pâturages plus verts.
A en croire les scientifiques qui ont publié leurs travaux dans la revue "Nature", ce vote est inconscient. Il n'y a pas de scrutateur. Mais aucun cerf, aucune abeille, aucun buffle ne décide seul des mouvements qu'effectue l'ensemble du groupe. Si le mot "démocratie" signifie que les actions ne sont pas fondées sur le choix personnel d'un chef mais sur les préférences de la majorité des individus, alors on peut dire que les animaux vivent en démocratie.
La prise de décision, un processus mal étudié
"Nous sommes très soucieux d'éviter la moindre extension au domaine politique", dit Tim Roper, de l'université du Sussex, à Brighton (Royaume-Uni), coresponsable de cette étude avec Larissa Conradt. Il n'est pas question de faire un parallèle entre les habitudes de vote des babouins, des gorilles et des buffles d'une part et l'arène politique d'autre part. Pourtant, "notre modèle de comportement pourrait s'appliquer à certains cas de prise de décision humaine", explique Tim Roper, comme lorsque "de petits groupes prennent des décisions relativement simples". Il donne l'exemple suivant : "Supposons que quelques amis veuillent se retrouver au pub un soir. Tous les individus du groupe doivent se concerter pour être au même endroit à la même heure."
Les cerfs et les cygnes font probablement moins de manières que les humains. Ils ne menacent pas de quitter leurs congénères pour un nouveau groupe s'ils s'entêtent à aller dans le même restaurant où les frites dégoulinent d'huile. Mais la question de la prise de décision, elle, demeure identique. Et, si les groupes humains ont fait l'objet d'études approfondies, de même que le comportement animal à titre individuel, on ne s'était guère penché jusqu'à présent sur la prise de décision au sein des groupes d'animaux.
"Le phénomène de base auquel s'intéresse l'article - la prise de décision dans un groupe - n'a rien de nouveau, mais n'avait jamais été étudié en profondeur", note Thomas D. Seeley, un chercheur de l'université Cornell, dont les recherches sur les abeilles ont été citées dans la publication. "Il n'y a jamais eu de véritable théorie expliquant pourquoi cette décision est démocratique ou consensuelle."
Larissa Conradt et Tim Roper ont d'abord épluché les résultats d'études antérieures. Ils voulaient savoir si les prises de décision au sein des groupes provenaient d'individus isolés ou si l'ensemble de leurs membres semblait participer au choix.
Les chercheurs ont ainsi découvert qu'un groupe de cerfs se déplace lorsque plus de 60 % de ses membres se dressent sur leurs pattes arrière - autrement dit, votent avec leurs sabots. Chez le buffle africain, ce sont les femelles adultes qui prennent les décisions. La direction de leur regard indique leur désir. Quant aux cygnes, ils s'expriment par des mouvements de tête. Les groupes se déplacent lorsqu'un grand nombre d'individus effectuent de petits mouvements de tête ou, alternativement, lorsqu'un petit nombre effectuent de grands mouvements.
Les animaux semblent deviner quand un nombre suffisant de leurs semblables ressentent la nécessité de partir. Il est certain que la décision est prise par la majorité. Mais peut-on pour autant la qualifier de démocratique ? C'est une autre paire de manches. "Tout dépend de ce que l'on entend par 'démocratie'", estime Kathreen Ruckstuhl, une chercheuse de l'université de Cambridge (Royaume-Uni), qui est spécialiste du mouflon américain ("Ovis canadensis"). Si la démocratie n'implique aucun acte conscient et signifie simplement que le groupe obéit aux choix de la majorité, alors c'est bien de cela qu'il s'agit. Mais qu'advient-il alors de la notion de despotisme puisque, même lorsque le groupe suit la volonté d'un chef, il n'y a pas de coercition à proprement parler ?
L'aspect le plus complexe des recherches de Larissa Conradt et de Tim Roper concerne les modèles mathématiques qu'ils ont élaborés dans le but d'analyser les avantages respectifs d'une prise de décision démocratique ou despotique.
Le temps, un facteur clé pour la survie
Fondamentalement, ces modèles comparent ce qu'il en coûte aux individus de ne pas agir lorsqu'ils le souhaitent. Les chercheurs considèrent le fait de devoir attendre ou se hâter comme un coût, partant du principe que, pour les animaux comme pour les humains, le temps c'est de l'argent, de la nourriture, ou quelque chose d'important pour la survie.
Il s'agit simplement là de modèles abstraits. Il en ressort que, lorsque la majorité décide, les individus ont de meilleures chances de survie. Certes, on pourrait imaginer des despotes à l'intelligence ou à la sensibilité hors du commun, qui soient capables de tirer le meilleur parti d'une situation pour le bien du groupe tout entier. Mais Larissa Conradt et Tim Roper n'ont encore jamais rencontré ce cas de figure…
Ces modèles s'appliquent seulement aux animaux prenant des décisions de groupe. Il se peut que certains animaux comme les chats domestiques ne votent pas et ne s'intéressent pas davantage au vote qu'aux activités de groupe. Mais ils ne relèvent pas du domaine d'étude de cet article. Larissa Conradt et Tim Roper ont modélisé la démocratie et le despotisme ; ils ne se sont pas penchés sur l'anarchie.
James Gorman
http://www.courrierinternational.com/mag/INTsciences.htm
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