Qu'est-ce
que la maladie du disque intervertébral (hernie discale)
?
Anatomie
de la colonne vertébrale et de la moelle épinière
:
La colonne vertébrale est constituée d'une série
de petits os: les vertèbres. Ces os entourent et protègent
la moelle épinière, ensemble de nerfs au travers
desquels circule l'information entre le corps et le cerveau. La
moelle épinière doit être parfaitement intacte
afin de permettre les sensations (incluant le toucher et la douleur)
et les mouvements normaux des membres et du corps. Les vertèbres
sont séparées entre elles par les disques intervertébraux.
Ces disques, d'une structure souple, ont une double fonction :
d'une part ils permettent le mouvement entre deux vertèbres,
d'autre part ils absorbent les chocs.
La structure de ces disques est un élément clé
de la compréhension de cette maladie. Chaque disque est
composé d'une couche externe fibreuse, et d'une partie
interne dont la consistance est gélatineuse. L'anneau fibreux
extérieur (appelée annulus fibrosus) contient la
partie gélatineuse appelée noyau pulpeux (nucleus
pulposus) et l'empêche de former des renflements.
La
maladie du disque intervertébral se produit
quand le noyau pulpeux devient protubérant et forme une
hernie dans le canal vertébral et opère une pression
sur la moelle épinière. La compression de la moelle
épinière peut être minime (provoquant des
douleurs moyennes du dos ou du cou) ou grave (générant
paralysie, perte de sensations, et perte de contrôle de
la vessie et des intestins) et peut être irréversible.
Les
problèmes se situent le plus souvent dans la région
thoraco-lombaire de la colonne (bas du dos), et également
dans la région cervicale (cou). La maladie du disque intervertébral
concerne plus rarement la région thoracique (haut du dos)
parce que des ligaments supplémentaires sont connectés
aux côtes et aident à renforcer l'anneau fibreux.
La
maladie du disque intervertébral de Type I concerne principalement
les races chondrodystrophiques (bassets - ndT) telles que le basset
hound, le teckel et le corgi. Ces chiens ont la particularité
d'avoir des pattes courtes et épaisses, et bien que cela
fasse partie des caractéristiques de la race, le résultat
en est un développement anormal du cartilage. Les disques
intervertébraux de ces chiens deviennent cartilagineux
; ce qui augmente le risque de rupture de l'anneau fibreux et
la formation de hernies du noyau gélatineux, ce qui provoque
la maladie du disque intervertébral. La formation de hernies
discales chez ce type de chien commence à un âge
relativement jeune (3 à 6 ans), généralement
en plusieurs endroit du dos, et provoque des douleurs intenses.
La
dégénérescence des fibres discales (sans
calcification) se produit chez des chiens plus âgés
quelle qu'en soit la race, mais n'est un vrai problème
que pour les grandes races. Il s'agit alors de la maladie du disque
intervertébral de Type Hansen II ; la protrusion du matériel
discal (sans rupture totale de l'anneau fibreux comme observé
dans le Type Hansen I) ne se produit généralement
que sur un seul disque et les signes cliniques (douleur, faiblesse
ou paralysie) se développent en général plus
lentement et de façon moins grave que dans le Type Hansen
I de la maladie .
A part quelques rares exceptions, le Doberman pinsher est la seule
race non chondrodystrophique à être affecté
de maladie du disque intervertébral de Type Hansen I, généralement
dans la région du cou (instabilité des vertèbres
cervicales, ou syndrome de Wobbler).
Comment
se transmet la maladie du disque intervertébral ?
Mode de transmission inconnu
Quelles
races sont atteintes par la maladie du disque intervertébral
?
La
maladie du disque intervertébral de Type Hansen I est fréquente
chez le teckel, et également chez d'autres races chondrodystrophiques
comme le basset hound, le beagle, le bouledogue français,
le Lhassa apso, le pékinois, le loulou de Poméranie,
le shih tzu, et le Welsh corgi. On la retrouve aussi chez certaines
races à tendances chondrodystrophiques telles que le cocker
spaniel et le caniche nain, et chez le Doberman pinscher.
Pour
ce qui concerne un grand nombre de dysfonctionnements et de races,
les études permettant de déterminer le mode de transmission
ou la fréquence n'ont pas encore été menées
à leur terme ou n'ont pas abouti à des conclusions.
Nous n'avons listé que les races parmi lesquelles chercheurs
et praticiens vétérinaires sont arrivés à
un consensus sur une occurrence significative
Les conséquences de la maladie du disque intervertébral
pour votre chien et pour vous.
Les signes cliniques sont variables, et dépendent : du
type de la maladie (I ou II), de l'endroit de la colonne vertébrale
auquel se situe la hernie, et de l'étendue de la protrusion
de matériel discal dans la canal. Les signes de Type Hansen
I évoluent généralement plus vite (en quelques
heures, même quelques minutes) et sont plus graves. En fonction
de l'étendue et de la localisation de la compression de
la moelle épinière, cela peut se manifester sous
forme de douleur au niveau du cou, de perte de sensations, de
faiblesse et de paralysie dans tous les membres. Il s'agit d'une
maladie très grave, qui peut évoluer en paralysie
permanente de l'arrière train et en incontinence si elle
n'est pas traitée.
Bien que le simple confinement puisse aider au début, dans
certains cas, la chirurgie s'avère souvent indispensable
pour soulager la compression de la moelle épinière.
L'issue dépendra d'un certain nombre de facteurs parmi
lesquels, pour n'en nommer que quelques uns, la gravité
des signes cliniques, la persistance de la douleur, et l'intervalle
de temps écoulé entre le début des signes
cliniques et l'intervention. Bien que la chirurgie puisse permettre
au chien de récupérer ses fonctions normales, elle
n'est cependant pas toujours couronnée de succès.
Pour
ce qui concerne la maladie du disque intervertébral de
Type Hansen II, les signes cliniques apparaissent sur quelques
mois. Là encore ce peut être de la douleur, des faiblesses
ou la paralysie partielle ou totale des membres.
Comment
diagnostiquer la maladie du disque intervertébral ?
Les
signes qui doivent amener votre vétérinaire à
suspecter une compression de la moelle épinière
due à la maladie du disque intervertébral chez un
chien appartenant à une race chondrodystrophique sont :
des douleurs au niveau du cou ou du dos, accompagnées ou
non de faiblesses au niveau des membres, voire de la paralysie,
ou de l'incontinence. Votre vétérinaire examinera
votre chien, et réalisera des tests neurologiques pour
vérifier les réflexes et fonctions neurologiques
de votre chien. L'absence, ou dans certains cas au contraire l'exagération
de certains réflexes aideront à déterminer
la localisation de la compression de moelle. Des radiographies
de la colonne vertébrale seront réalisées
aux endroits suspects, afin de localiser les anomalies des vertèbres
ou la calcification des disques intervertébraux. Une technique
radiographique spécifique, la myélographie, est
nécessaire pour déterminer précisément
le lieu de la compression de moelle épinière, dans
l'hypothèse d'une éventuelle intervention chirurgicale.
Cette technique nécessite l'anesthésie du chien
: il s'agit d'une radio avec injection de produit de contraste
(teinture) autour de la moelle épinière, afin de
définir le site exact de la lésion à traiter.
Une ponction lombaire, également réalisée
sous anesthésie générale, permettra d'obtenir
un échantillon de fluide cérébrospinal et
d'éliminer toute autre cause suspectée.
Votre vétérinaire pourra vous adresser à
un centre de référence spécialisé
dans ces techniques radiographiques, et éventuellement
dans ce type d'acte chirurgical.
A
l'attention du vétérinaire : bien que l'évolution
de la maladie du disque intervertébral de Type Hansen I
soit habituellement plus rapide, ce n'est pas toujours le cas.
Ainsi il peut y avoir consécutivement des périodes
d'amélioration et d'aggravation au fil des semaines ou
des mois (peut-être en raison de l'extrusion de petites
quantités de matériel discal au fil du temps). Les
déficiences neurologiques dépendent de la localisation
de la lésion. Le signe clinique le plus évident
avec une maladie de type Hansen I des disques cervicaux est la
douleur ; on observe plus rarement des déficiences proprioceptives
et tétraparésie ou tétraplégie. Les
signes d'une maladie de type Hansen I de la région thoracolombaire
sont généralement plus sévères, et
vont de la douleur abdominale à la douleur dorsale, jusqu'à
la paraplégie complète et l'absence de sensation
de douleurs profondes.
Les
signes cliniques d'une hernie discale de type Hansen II connaissent
en général un évolution plus lente, parapéresie
et tétraparésie sont les manifestation les plus
fréquentes. Comme pour le type I, les déficiences
peuvent être asymétriques.
Comment
traiter la maladie du disque intervertébral ?
Le
traitement dépend de plusieurs facteurs, parmi lesquels
l'étendue et la durée des signes cliniques, et des
résultats obtenus aux examens neurologiques et radiographiques.
La chirurgie est le seul moyen d'extraire le matériel discal
qui compresse la moelle épinière, mais ce ne sera
pas forcément le premier traitement indiqué. Un
traitement médical peut être efficace quand la douleur
est moyenne ou modérée, et qu'il n'y a ni faiblesse
ni paralysie. Le traitement médical classique consiste
en l'administration d'anti-inflammatoires combinés avec
un confinement strict (votre chien sera confiné dans une
cage et ne pourra sortir que pour faire ses besoins et ce en laisse).
Si l'état de votre chien s'aggrave, ou s'il n'y a pas de
signes d'amélioration au bout d'une semaine, l'intervention
chirurgicale pourra être envisagée.
La
chirurgie sera recommandée et sera nécessaire, si
votre chien montre des signes neurologiques graves, ou s'il est
sujet à des épisodes répétés
de douleur et de faiblesse musculaire. S'il y a paralysie et insensibilité
à la douleur, la chirurgie pour réduire la pression
sur la moelle épinière devra être pratiquée
dans les 24 heures, sans quoi les séquelles neurologiques
seront irréversibles.
Le pronostic de guérison après chirurgie va de correct
à bon, et dépend de facteurs tels que la gravité
des signes cliniques observés avant chirurgie, la rapidité
d'évolution des signes, et la longueur de l'intervalle
entre l'apparition du problème et l'intervention chirurgicale.
Lorsqu'il y a eu paralysie et perte de sensibilité des
douleurs profondes pendant plus de 24 heures, la chirurgie ne
permettra pas beaucoup d'amélioration.
Lorsque
votre vétérinaire aura examiné votre chien,
il discutera avec vous des différentes options thérapeutiques
envisageables. Si la solution s'avère être le meilleur
moyen, il vous indiquera l'endroit où elle peut être
réalisé, compte tenu du matériel spécifique
(radiographique et chirurgical) qui s'impose. Quel que soit le
traitement, médical et chirurgical, des soins très
attentifs seront indispensables.
Conseil
aux éleveurs
Il
est très difficile de prodiguer des recommandations d'élevage,
bien que cette pathologie se retrouve chez certaines races, parce
qu'aucun mode d'hérédité n'a pu être
mis en évidence. Il est plus sage d'éviter de faire
reproduire les animaux atteints, et d'étudier attentivement
l'état de leur collatéraux avant de les inclure
dans un programme de reproduction.
POUR PLUS D'INFORMATIONS CONCERNANT CETTE PATHOLOGIE, CONSULTEZ
VOTRE VÉTÉRINAIRE.
Ressources
LeCouteur
RA, Child G. 1995. Diseases of the spinal cord. In EJ Ettinger
and EC Feldman (eds) Textbook of Veterinary Internal Medicine,
p. 629-696. WB Saunders Co., Toronto.
Bennett
D, May C. 1995. Joint diseases of dogs and cats. In EJ Ettinger
and EC Feldman (eds) Textbook of Veterinary Internal Medicine,
p. 2032-2077. WB Saunders Co., Toronto.
Stigen
O, Christensen K. 1996. Calcification of intervertebral discs
in the dachshund: an estimation of heritability. ACTA Veterinaria
Scandinavica 34(3): 357-361.
Copyright
© 1998 Canine Inherited Disorders Database. All rights reserved.
Revised: .
This database is a joint initiative of the Sir James Dunn Animal
Welfare Centre at the Atlantic Veterinary College, University
of Prince Edward Island, and the Canadian Veterinary Medical Association.
Dr ALICE CROOK.
Site original, en anglais : CIDD@upei.ca
Article traduit de l'anglais par Véronique Gaboriau, avec
l'aimable permission de l'auteur du texte original le Dr Alice
Crook, Bsc, DVM que nous remercions. |